Imprimer cet article Imprimer cet article

« Pour moi, mon père est vivant »

Pendant le grand Carême, nous redoublons de prière pour nos défunts, ceux de tous les temps et de tous les lieux. La conscience des baptisés est une conscience responsable. Nous nous sentons responsables de ceux qui se sont endormis, particulièrement de ceux qui reposent dans la vraie foi. Nous prions pour eux avec beaucoup d’espérance, beaucoup d’amour et beaucoup de joie. Pourquoi ? – Parce que nous les savons aimés  du Seigneur ; nous savons que le Christ Dieu porte leur personne sur son cœur divino humain comme Il porte celle de sa Mère très pure sur l’icône de la Dormition. Dans une homélie de 1977, l’archimandrite Émilianos exprime cette foi à propos de son propre père.

« … Tout d’abord, je me souviens du prophète de l’Ancien Testament qui dit : ‘J’ai jeté mes regards sur tous les vivants et les morts et je voulais louer quelqu’un de vivant, mais je n’ai pu trouver personne digne de l’éloge qui revient aux morts. Je vois les morts plus puissants et plus vivants que les vivants, c’est pourquoi je les honore’ (Eccl. 4, 2).

Mon père est digne d’un éloge semblable. Il est parfaitement vivant car, comme le dit la sainte Écriture, ceux que nous accompagnons jusqu’à leur dernière demeure humaine, ‘vivront jusqu’à présent ’ (ibidem), autrement dit : ils vivent jusqu’à cette heure, et ils vivront pour les siècles des siècles. Leurs yeux voient, leurs cœurs battent pour nous, mais en même temps ils sont en fête, car jour et nuit ils ont Dieu devant eux. C’est pourquoi les Grecs de l’Antiquité, alors qu’ils vivaient dans l’obscurité de l’ignorance et de l’idolâtrie, étaient mus d’un pressentiment, d’un germe que le Saint-Esprit avait mis en eux, et lorsque quelqu’un mourait, ils disaient : ‘Enfin ! Maintenant il vit !’

Bien que morts, ils commencent à vivre, ils se meuvent désormais dans l’autre vie, eux qui, pour nos yeux sensibles, sont endormis, mais qui sont éveillés pour ceux qui croient et qui possèdent des yeux spirituels. D’après la sainte Écriture, les défunts ont quitté les misères de cette vie et ‘ils demeurent dans les parvis du Seigneur’ (Ps. 64, 5) […] Mon père est donc morts pour nous les morts de la terre, pour les âmes mortes ; il est cependant vivant pour les vivants de Dieu. Mon père est bien vivant !

[…] Un autre psaume dit : ‘elle est précieuse aux yeux du Seigneur, la mort de ses saints’ (Ps. 115, 6). Que signifie ‘précieuse’ ? Lorsque nous voulons honorer quelqu’un qui rend visite au monastère, nous l’accueillons au son des cloches, nous le menons à l’église avec l’encensoir et les cierges de procession. La même chose se produit pour chaque défunt : nous faisons une procession accompagnée de prières et de chants. Et de nombreuses fois, les yeux spirituels de personnes ayant une vie sainte voient les Puissances célestes, les Dominations, les Archanges, le chœur des saints précéder le défunt, et ils entendent le chant des anges et voient la gloire de Dieu se répandre sur le mort, tandis que la famille le pleure. Qu’est-ce que la mort d’un chrétien ? C’est un don, c’est le grand don que Dieu fait à l’homme. »

(archimandrite Émilianos (homélie faite au monastère d’Ormylia le 2 juillet 1977)