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Œcuménisme : assumer les joies et les peines des  autres

L’œcuménisme de témoignage –

L’œcuménisme n’est pas un relativisme, une sorte de diplomatie ecclésiastique, ou la recherche de compromis dans le domaine doctrinal. Il est essentiellement animé par une attitude de témoignage. Nous rencontrons des personnes qui se réclament du Seigneur Jésus Christ ; nous nous intéressons à ce qu’elles vivent ; nous essayons de comprendre leur raisonnement, leur sensibilité et leurs réactions. Nous voulons également faire connaître le patrimoine des Apôtres et des Pères, car nous considérons cet héritage comme celui de tous. La Tradition des saints conciles œcuméniques appartient à tout chrétien, à charge pour lui d’en vivre et de la mettre en oeuvre dans la communauté à laquelle il tient.

Se réjouir pour autrui

Une attitude œcuménique consiste à se réjouir de tout ce qui se fait de bien dans les communautés voisines. Le fidèle orthodoxe, le prêtre, l’évêque orthodoxes ont la mission de reconnaître les semences de vérité partout où elles se manifestent et s’épanouissent ; leur charisme est celui du témoignage en faveur d’autrui, devant le redoutable Tribunal du Christ, maintenant et au dernier Jour ; leur mission est de plaider pour les différentes personnes qui, partout sur la terre, aiment l’Évangile, aiment la personne de Jésus Christ et veulent la suivre. L’attitude qui consiste à se réjouir de tout ce qui se fait de bien, de bon et de sage chez ses amis, se retrouve dans celle qui consiste à s’affliger de tout ce qui les fait souffrir. Nous pouvons être capables de prendre le deuil pour autrui, de jeûner pour autrui, de nous repentir pour ceux que nous aimons. L’amour nous dicte une telle attitude de solidarité spirituelle.

La grande crise

La  crise qui secoue depuis plusieurs mois la communauté catholique-romaine suite à la levée du voile sur certains péchés ne peut pas nous laisser indifférents. La première inspiration qui nous vient, nourris que nous sommes par l’enseignement des saints Pères, notamment des Pères ascétiques, est de faire pénitence. Nous nous sentons appelés, non à juger, mais à nous repentir, à prendre le péché des amis sur nous. Le Christ a donné l’exemple de cela, en montant sur la Croix pour tous, en prenant sur lui le péché de tous, alors qu’Il était l’Innocent par excellence. Mais nous, nous ne nous considérons pas comme innocents. Suivant en cela l’enseignement du Père de l’Eglise saint Ambroise de Milan, nous considérons que ce péché est le nôtre, ou qu’il pourrait l’être. Qui peut jurer être à l’abri de tout péché sexuel ? Que celui qui n’a pas péché jette la première pierre à nos frères pédophiles ou à ceux qui les ont couverts… Du point de vue de nos pères spirituels, le repentir est la seule force qui puisse être présentée comme remède aux maux et aux maladies de ce monde et de ce temps – parce que, le repentir, c’est la Croix.

Une crise ecclésiologique

Simultanément, cette crise, qui va jusqu’à des pétitions pour la démission de tel ou tel évêque et de celui de Rome lui-même, introduit une réflexion sur l’Église et sa structure. D’une part, on se rend compte que l’ecclésiologie à l’ancienne, c’est-à-dire collégiale et décentralisée, qu’on accuse quelquefois de désordre, permet de limiter les conséquences de la faillibilité de tel ministre haut placé. Ensuite, on se rend compte qu’il n’y a pas de ministère de l’infaillibilité, et l’on revient à une vision plus sage, à l’ancienne elle aussi, selon laquelle même un primat est un homme capable de se tromper ou de tromper, comme le fut l’apôtre Pierre, le père spirituel de chaque évêque.

La transparence hiérarchique

Enfin, on doit reconnaître, en balayant éventuellement devant sa propre porte d’Orthodoxe, que la hiérarchie, fondée par le Christ Lui-même, n’est pas un cache misère ; elle n’est pas le ministère de l’hypocrisie. Elle est là pour protéger pastoralement les faibles, non les laisser à la merci d’un pouvoir. Nous, évêques et prêtres, même s’il est vrai que nous avons droit à l’erreur, et que le Christ est le seul Pontife réel, nous sommes appelés par le saint Esprit, dans ces circonstances de « crise de conscience », à vérifier où nous en sommes du mensonge, de l’abus de pouvoir et du cléricalisme. Notre vocation, comme celle de tout fidèle, est tout de même la sainteté.

Un renouveau anthropologique

L’œcuménisme consiste à se réjouir de tout renouveau authentique, même si le saint Esprit qui le conduit fait passer la communauté par des souffrances incontournables. La crise de conscience de la chrétienté occidentale est une crise anthropologique attendue et bénéfique. Les péchés sexuels dont on parle ces temps-ci ne seraient-ils pas les symptômes bientôt reconnus d’une maladroite théologie de l’homme, surtout d’une très maladroite et très peu chrétienne théologie du corps ? Voici des siècles que l’Europe augustinienne nourrit une culpabilisation du corps et de la sexualité, éventuellement une diabolisation de la femme et de ses puissances. Le saint Esprit conduit à sortir, non seulement de péchés odieux, mais d’une vision inexacte de l’homme et de son corps. Le platonisme, les formes de dualisme anthropologique sont partout menaçants, y compris chez ceux qui se réclament des conciles œcuméniques. Mais, tout de même, l’anthropologie de la Philocalie annonce la transfiguration du corps par la conversion des passions, notamment la conversion de l’éros. La révolution anthropologique qui est proposée à l’Occident est gigantesque, c’est une remise en question de fond, comme la réflexion ecclésiologique qui s’avère maintenant incontournable.

> icône de saint Ambroise de Milan