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La paix du Christ – saint Nicolas de Jitcha

« La paix est une douceur spirituelle, comme la pureté du cœur est une douceur spirituelle. Qui a la paix en lui-même a une grande douceur au-dedans de son âme. Et nul ne peut le priver de cette douceur.

Quiconque a la paix a le Christ, car il est dit que c’est Lui qui est notre paix (Ep. 2, 14)

Quiconque suit le Prince de la paix, celui-là doit avoir la paix. Et le Christ est appelé Prince de la paix (Es. 9,  6).

Quiconque se blottit dans la tempête tout contre le Donateur de paix, celui-là a la paix et ne craint pas. Et le Christ est le Donateur de paix. Je vous donne ma paix, a-t-Il dit (Jn. 14, 27).

Quiconque dit avoir le Christ en lui-même, celui-là dit qu’il a déjà la paix en lui-même.

Ainsi avec le Christ nous recevons la paix, mais sans le Christ jamais. Paul parle beaucoup de réconciliation avec Dieu. Or cette réconciliation n’est pas un accord entre notre volonté et celle de Dieu, mais une soumission totale et dans la joie de notre volonté à la volonté de Dieu. Paul parle également de notre réconciliation avec autrui. Mais il ne s’agit pas d’un accord entre notre volonté et la volonté d’autrui. Sur la base d’un tel accord, d’une telle négociation et d’une telle tractation, les hommes se sont conciliés des milliers d’années durant mais ne se sont pas réconciliés. C’est pourquoi Paul voulait établir la paix entre les hommes grâce à une reconnaissance unanime de la volonté de Dieu.

Qui inspire, expire également. Qui inspire la paix de Dieu en lui l’expire et la répand également autour de lui. Sans grand effort, d’une manière très simple, comme la respiration est simple. Établir la paix vient de là : recevoir et donner. Recevoir la paix de Dieu et la donner aux hommes ainsi qu’aux bêtes féroces autour de soi. Vraiment, aux bêtes féroces également : les saints de Dieu vivaient en paix avec les bêtes féroces et les caressaient comme de doux agneaux. Donc, aux bêtes féroces également ; à toute la nature autour de soi également. Car la nature ne se trouble que par l’inquiétude de l’homme. La paix ne vient pas à l’homme par la nature mais, au contraire, la paix vient à la nature par l’homme. Dès que la paix règne parmi les hommes, alors la nature goûte également les douceurs de la paix.

Le pacificateur sera appelé fils de Dieu. Il sera appelé pacificateur, ce que le Christ est d’éternité en éternité. Le pacificateur accomplit l’œuvre de Dieu. Au nom du Père céleste, il annonce la fraternité entre les hommes, et au nom de l’amour de Dieu l’amour du prochain. Afin d’apporter la paix aux hommes, il met ces derniers en garde et les hisse à un haut niveau de parenté. C’est à ce haut niveau seulement que la paix vraie et durable peut être établie. La paix civile est irréelle, seule la paix fraternelle est réelle. Non pas les concitoyens, mais les frères peuvent adopter et posséder la paix divine, la vraie paix. Le pacificateur est inévitablement celui qui prêche la grande et proche parenté de la famille de Dieu, celui qui prêche la paternité de Dieu et la fraternité entre les hommes. ‘Vous êtes des frères, vous avez le même Père qui est aux cieux !’ C’est pour le pacificateur un argument de paix infaillible et nul homme sensé ne peut le nier. C’est la plus grande justification et la plus grande inspiration pour la paix parmi les hommes. En outre, le pacificateur s’adresse constamment à Dieu qui a été offensé en le priant ainsi : ‘Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ; pardonne-leur car ce sont des enfants et Tu es leur Père ! » Et le Père écoute le fils pacificateur, et à cause de lui Il donne aux hommes son Esprit saint, qui apporte le don divin de la paix dans les âmes rebelles. Or la paix c’est la santé. »

(Mgr Nicolas Vélimirovitch – saint Nicolas de Jitcha – « La foi et la vie selon l’Évangile ». Grands spirituels orthodoxes du XXème siècle. L’Age d’Homme. Lausanne, 2007, p. 150)