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Icône et fresque : quelle différence?

Unité du message évangélique –

La foi de l’Église est confessée par l’image, autant que par la parole et par les actes. L’un et l’autre de ces modes d’expression a sa cohérence, sa justesse, sa beauté et sa vérité. Le Christ, invisiblement présent par le saint Esprit, irradie, par l’image, la parole et les actes de son Corps, la grâce qui l’habite. C’est Lui qui fait sentir sa présence dans l’image vraie; c’est Lui qui parle par sa propre parole et par celle de ses messagers; c’est Lui encore qui agit dans ceux qui oeuvrent avec amour. Il n’y a pas de différence substantielle entre les modes d’expression que le Verbe incarné utilise pour se manifester aux hommes et à sa Création tout entière. L’unité de sa personne divine et de son message de Salut assure la cohérence de toutes les formes du langage ecclésial.

L’image

La fresque, comme toute autre forme d’iconographie murale, par exemple la mosaïque, exprime la vérité de la Foi à travers l’Histoire, depuis la création jusqu’à l’accomplissement du monde. Elle montre des personnes, des lieux, des paysages par lesquels le Seigneur a manifesté, d’une façon ou d’une autre, sa miséricorde. Elle traduit des récits, oraux ou écrits, accessible dans la Bible, dans la vie des saints ou dans les textes liturgiques. Elle montre de façon éloquente la sainte Face du Verbe incarné, ses yeux plein d’amour pour les hommes qui se laissent regarder par lui. Elle rapporte des évènements inoubliables qui structurent l’histoire universelle des hommes et de la Création.

Les supports

La fresque et l’icône ne diffèrent pas dans cette mission d’enseignement de l’oeuvre salvifique du Seigneur, et dans l’actualisation même des grands moments du Salut. Elles ne diffèrent pas non plus dans la présentation des visages et des corps déifiés des saints. Le style, les formes, les couleurs ne les séparent pas non plus. Quelle différence, alors? – la fresque, la peinture murale, sont liées à l’architecture: celle-ci est elle-même un langage, exprimant l’union du ciel et de la terre et présentant comme l’icône architectonique de l’Église. La peinture s’intègre alors dans cette composition symbolique, et les différentes images du programme iconographique trouvent leur place dans les éléments spécifiques du bâtiment – à l’intérieur, bien sûr, mais également à l’extérieur. Le même rôle est d’ailleurs assuré par la sculpture en bas relief.

L’icône

L’icône n’est associée à l’architecture que par sa présence sur l’iconostase qui unit la nef – la terre – et le sanctuaire – le ciel. À cette place, sa position est rigoureuse: le Verbe et la Mère de Dieu de part et d’autre de l’entrée, qui est le symbole fondamental de ce chancel. En dehors de cela, l’icône est associée, non à l’architecture, mais au culte, à la liturgie, qui est elle-même une architecture en mouvement, et, à bien des égards, une chorégraphie. À la fresque la stabilité du bâtiment; à l’icône, le mouvement rituel. À la fresque, la sanctification du temps par l’espace consacré – parois et colonnes; à l’icône, la sanctification de l’espace par le temps consacré – gestes et évolutions. Car le mouvement liturgique transfigure l’espace par le temps dans lequel se déploie l’hommage rendu à la Parole et qui est ainsi consacré, comme les formes architecturales transfigurent l’Histoire, donc le temps, sur l’espace mural consacré à exprimer la vérité divine.

La cohérence

La mission apostolique de la Liturgie se réalise par la cohérence du temps et de l’espace consacrés et transfigurés où résonne, comme dans le Principe, le Verbe rempli de l’Esprit du Père. Le mouvement historique s’intégre dans l’immobilité de la fresque et des murs consacrés; et l’icône, portée en procession, placée au centre de la mobilité liturgique, atteste l’immuabilité de la Révélation et de la sanctification de l’homme dans le Christ. La fresque immobile entoure le Peuple par le réseau béni de l’histoire sainte; l’icône portative est au milieu du Peuple qui l’entoure en en vénérant la vérité. La bonté, la vérité et la beauté du message évangélique rayonnent à la fois des parois de l’église et du milieu d’elle.

Le Milieu

Fréquemment, le saint Évangile et l’icône du jour sont exposés ensemble au centre de l’espace consacré, c’est-à-dire au milieu du monde, chaque édifice cultuel étant au centre de tout, au “nombril de la terre” (Ez 38, 12), le Christ Lui-même étant présent dans ce centre, Lui qui „est au milieu de nous”. Nous entourons l’icône, et les fresques nous entourent. Et, lorsque nous pénétrons dans l’église dont les parois chantent les grands mystères de la miséricorde divine, nous sommes accueillis dans la Présence, inclus, embrassés par la Vérité, la Vie et la Voie divines, étreints par le Verbe: nous sommes, alors, “au milieu de lui”, au coeur de son amour lumineux.

> fresques de l’église de Sanary-sur-mer – Atelier Saint Jean Damascène