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Crois-tu en l’Église ?

La crédibilité –

Pour nombre de nos amis, ces derniers temps, c’est devenu difficile. À tort ou à raison, beaucoup sont ébranlés par les informations plus ou moins complètes qu’ils trouvent sur les sites ou sur les réseaux sociaux. On doit constater une crise de la crédibilité de l’institution ecclésiale, liée au sentiment qu’ont certains fidèles qu’il existe des contradictions importantes entre le dire et le faire.

Crise de confiance

N’oublions pas toutefois que l’Église est fondamentalement un mystère, un sacrement, qui relève, moins d’appréciations humaines, que d’un acte de foi. Mais, direz-vous, c’est précisément la foi qui a du mal à perdurer dans ces circonstances ! Il est vrai que le mot foi veut dire confiance, et que, quelquefois, on perd confiance parce qu’on ne comprend plus ce qui est dit et ce qui est fait ; on a l’impression d’un désordre, de confusions, voire de compromissions ; on a l’impression que la religion et la politique sont mélangées, par exemple.

Le Christ immolé

La foi pourtant n’est pas seulement du registre de la confiance. Je peux perdre confiance dans les personnes responsables. La foi me fait connaître le terrible paradoxe de l’amour crucifié, de la vérité crucifiée, de la confiance trahie, de l’innocence bafouée. Elle me fait connaître le mystère du Christ lui-même, réellement présent comme Crucifié au sein même de situations qui sont occasion de chute pour beaucoup. La foi me montre, dans les faiblesses mêmes des hommes, clercs et laïcs, que le Seigneur ne cesse d’aimer ceux qui le persécutent ; Il ne cesse de donner sa vie à ceux qui la lui prennent ; Il ne cesse d’être la Vérité personnelle et divine plus forte que les tromperies des hommes.

La Croix

« Je crois en l’Église » pourrait signifier « je crois dans le Seigneur Jésus qui offre et qui est offert, qui reçoit et qui est distribué », selon la prière de la divine liturgie. L’Église est l’immense et indéchiffrable sacrement de l’oblation de soi. Comme en un mystérieux et toujours Golgotha, l’amour en Personne s’y immole en se laissant immoler par les grands prêtres ou les petits prêtres, et par les membres du Peuple qui acquiescent à la grande trahison de l’Agneau. Gethsémani de la Foi, elle est celle en qui je crois malgré tout, parce qu’elle est, bien souvent, la Croix même sur laquelle l’Agneau est immolé.

L’Amour ne peut pas ne pas aimer

L’Esprit saint nous donne également des yeux déifiés pour voir le triomphe de l’Agneau immolé depuis avant la fondation du monde. Depuis avant la nuit des temps, l’amour, la vérité, la liberté en Personne divine sont promises à la Croix, promises ainsi à l’invincible triomphe de l’amour. Aucun des scandales qui font saigner le Corps du Christ n’empêche le Seigneur de gloire et les saints, ses amis les plus proches, d’aimer. Rien ne peut les empêcher d’aimer ceux-là même qui les trahissent et veulent leur prendre la vie. Le répons de matines est éloquent à cet égard : « la pierre qu’avaient rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est d’auprès du Seigneur qu’elle est advenue et elle est admirable à nos yeux ! » Ainsi, Celui même qui est rejeté par les apostasies, les contre témoignages, les mensonges, l’amour du pouvoir avec lequel nous espérons construire l’Église, devient la pierre, cette pierre contre laquelle toute iniquité vient se heurter, ce roc de l’amour invincible de l’Agneau. Je crois à l’Église, à l’amour divin et à la vérité divines invaincues qui brillent sur la Croix. Les bâtisseurs seront jugés par cette Pierre d’angle, la pierre de l’amour avec laquelle, finalement, qu’on le veuille ou non, se construit l’Église véritable. La Croix est « sainte et vivifiante » pour les meurtriers eux-mêmes.