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L’offrande de la Saint-Nicolas

Pour la Saint-Nicolas, les enfants de la Paroisse ont offert des cadeaux à d’autres enfants. Ces offrandes ont été apportées aux parents par l’intermédiaire de l’association Restos du cœur. Une belle lettre est arrivée en retour…

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Chers enfants,

Monsieur D. nous a remis pour Noël les cadeaux que vous avez bien voulu prévoir pour les enfants dans le besoin et nous avons souhaité, par ce message, non seulement vous remercier et vous dire combien votre initiative nous a touchés, mais aussi témoigner par ces quelques lignes de l’importance du don que vous avez fait non seulement pour ceux qui le reçoivent et, en même temps, pour la fierté personnelle que vous pouvez en ressentir.

Votre don est important.

Notre vie, ici dans cette région, est plutôt agréable pour nous autres, citoyens ordinaires et familles qui ne sont pas dans le besoin, soyez en certains.

Ceux qui vivent dans la difficulté, dans des familles où, faute de travail, on manque cruellement d’argent, dans des familles que les malheurs de quotidiens difficiles ont séparées, ceux qui viennent de parfois très loin pour espérer mieux ici et, surtout, leurs enfants dont la table n’est pas toujours garnie des nourritures qui nous sont ordinaires, ceux-là comprennent combien la valeur de ce qu’ils reçoivent est liée à la générosité des gens bienveillants comme vous qui ne peuvent accepter de dîner à la table qu’un destin heureux a dressée pour nous sans penser à ceux qu’une destinée inverse a laissés dans le besoin.

Donner est un geste essentiel de partage, ne rien attendre en retour que la fierté d’avoir donné est le vrai sens de la générosité.

Nous aimerions qu’on nous dise : ton cadeau, je l’ai remis à cet enfant.

Je ne le ferai pas car je n’attends moi-même ni félicitations, ni mérites, ni récompenses de ce que je donne : ma récompense est dans le respect que j’ai de ce que je suis ; j’aurais honte de moi-même si je négligeais celui qui est dans le besoin et je donne sans rien attendre d’autre que la dignité d’homme dont je me revendique ; et je peux regarder droit dans les yeux les égoïstes et les puissants qui ignorent leur prochain.

Aussi je préfère vous conter les quelques vies des enfants que je connais bien et que je vois toutes les semaines avec leurs parents.

Sachez que vous avez participé au petit bonheur de ces enfants ici : c’est cela dont vous devez être fiers, avoir apporté votre pierre à la joie de recevoir un cadeau. C’est simple et tellement important.

Et savoir aussi que les 65 bénévoles de notre Centre de Conflans connaissent votre geste de partage que je leur ai rapporté. En leur nom, je vous transmets notre gratitude à tous.

Quelques enfants que je connais bien.

Notre Centre de Conflans accueille plus de 400 familles pour leur apporter toutes les semaines une aide alimentaire.

Notre mission est de leur fournir un repas complet par jour et par personne de la famille. Elles viennent chaque semaine dans notre centre « faire leurs courses » comme si elles allaient au centre commercial.

Mais chez nous, tout est gratuit car ces familles ont déjà bien du mal à payer le loyer du logement ou de l’hôtel, les factures en tous genres et un peu de nourriture.

Nous comptions à Noël dans nos familles 205 enfants ayant jusqu’à onze ans.

Parmi ceux-ci, la vie de certains d’entre eux mérite d’être particulièrement contée.

Djoukamadi va avoir trois ans en février et sa petite sœur, Daniela, a un an et demi. Ils viennent du Centre du Mali, Mopti précisément, et ont fui avec leur maman un pays ravagé par une terrible guerre de territoires et des conflits entre peuples qui ne savent plus très bien pourquoi ils se détestent si ce n’est pour les vilenies et les horreurs récentes. Leur père était soldat et il les a fait partir avec l’espoir de jours meilleurs pour eux : ils ne savent pas ce qu’il est devenu. Djoukamadi vit avec sa famille dans une chambre d’hôtel de 9 m². Il est très agité quand il vient au Centre et court dans tous les sens, dans les salles comme dans la cour. Il a besoin de courir, tout le temps et partout, et il est aussi « terrible » qu’attachant. On le sermonne, on le « met au coin » parfois mais quand il revient, il se jette néanmoins tout sourire dans nos jambes : il nous aime bien, le diablotin, c’est manifeste.

Anastasia, un an, Gabriel, deux ans et demi, Bakari, bientôt cinq ans, et Nia, sept ans, ont aussi deux grands frères de douze et seize ans. Ils viennent avec leurs deux parents de Géorgie. Leur père était policier là-bas et il semble que de mauvaises affaires l’ont conduit à fuir sans rien emporter avec sa famille vers la France. Giorgi ne parle pas un mot de français et c’est le garçon de seize ans, qui parle un peu anglais, qui aide dans nos échanges. La famille vit dans un hôtel pour l’instant et c’est bien compliqué de faire la cuisine pour tout ce petit monde : l’hôtel est très mal équipé, ils sont nombreux et ils ont pour toute aire de jeux le parking de l’hôtel. Il faudrait que les enfants aillent à l’école…

Comme Djoukamadi, les enfants viennent écouter les lectures de livres et d’histoires que des mamies leur font le mercredi : ils ne comprennent pas vraiment, les enfants de Giorgi, mais la chaleur des voix et la bienveillance de ces mamies leur font probablement chaud au cœur. Quelques douceurs sucrées aussi.

Nora et Aïcha ont neuf et onze ans. Elles sont venues avec leur grande sœur de quatorze ans et leurs deux parents dans notre centre un soir, il y a dix mois, après que la famille eut été « jetée à la rue », au sens propre du terme, par un logeur peu scrupuleux. Les trois sœurs sont adorables et tellement serviables et attentionnées avec leur mère ! Le père est par contre un homme difficile à vivre. On ne peut en dire plus. Nous nous sommes mobilisés pour leur trouver un hôtel dès le soir et organiser l’aide pour les jours suivants en lien avec les travailleurs sociaux. Les filles vont à l’école, elles sont très sérieuses et nous nous assurons qu’elles ont bien du bon matériel scolaire ; nous le leur fournissons.

Ces enfants font partie de tous ceux pour lesquels nous avons souhaité que Noël soit aussi pour eux un moment de joie et de fête marqué par ces cadeaux qui font tant plaisir, que Noël soit pour eux un peu comme pour tous les enfants qu’ils croisent dans la ville et à l’école.

Nous n’avons pas « joué » au Père Noël, non, nous avons laissé cette mission à leurs parents en leur permettant de choisir les cadeaux qu’ils ont faits à leurs enfants. La dignité est quelque chose d’essentiel pour ceux qui se sentent sur le bord du chemin : Noël pour les parents, c’est un moment privilégié pour « gâter » leurs enfants.

La joie de ceux-ci est notre récompense et leurs yeux pétillants nous disent combien tout cela est à la fois simple et tellement essentiel.

Nous sommes heureux que vous ayez voulu faire partager ces instants à notre petite communauté et heureux de vous compter parmi nos bienveillants amis.

Bonne année à tous et à chacun !

Pour l’équipe – Patrick