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La prière continuelle, une gageure ?

L’enseignement biblique –

L’expérience biblique est celle de la prière continuelle. « Que rien ne t’empêche de prier sans cesse », dit le Siracide (18, 22) ; « offrons sans cesse à Dieu un sacrifice », dit l’apôtre Paul (Héb 13, 15), qui dit encore « priez sans relâche » (1 Th 5, 17) et qui promet aux fidèles de prier continuellement pour eux (Col 1, 9 ; 2 Th 1, 11). Le Verbe Seigneur Lui-même a enseigné la prière ininterrompue en racontant l’histoire d’une veuve qui harcelait un juge (Luc 18, 1-8). Il invite ses disciples à une prière « de tous les instants », notamment dans les évènements difficiles que nous traversons. Les prophètes, le Seigneur Lui-même et ses disciples enseignent la prière continuelle parce que cela est possible. Dieu ne nous demande rien d’impossible ; ou bien, si ce n’est pas possible avec nos propres forces, ce sera possible avec sa grâce.

La grâce de prier

La possibilité de la prière ininterrompue découle de la grâce initiale, ces arrhes de l’Esprit, qui fut insufflée dans la respiration même de l’homme au principe de ce monde. Il est naturel à l’homme de respirer bouche à bouche avec la Parole. Il nous est naturel de prier. Et il nous est naturel de prier sans interruption. Notre cœur intelligent et notre pensée inspirée incluent la disposition naturelle à se connecter au réseau de l’amour et de la sagesse de Dieu et d’y demeurer. La prière est une question de connexion. Elle ne consiste pas à s’adresser à un absent. Elle est un état habituel de conversation avec la Parole, une intimité sans effort, une familiarité de chaque instant. Si tu es habité par un grand amour, rien ne peut te distraire de cet amour et, tout le temps, tu veux lui parler et écouter comment il te parle d’amour. Qui nie la réalité de la prière incessante n’a jamais aimé.

Le relai dans la psalmodie

On connaît plusieurs façons de ne jamais interrompre la prière. Il est des monastères, des paroisses et des fraternités où les personnes se relayent tout le temps pour que la prière ne soit pas interrompue. C’est le cas par exemple quand on veille un défunt jusqu’au troisième jour, celui des funérailles ; c’est le cas lorsqu’on passe la nuit près du tombeau du Christ du vendredi au samedi saints. La tradition de la psalmodie continuelle vient de la Bible, comme tout ce que font les baptisés : sept fois le jour, dit David, j’ai prononcé ta louange (Ps 118, 164). Or le chiffre sept désigne, non un nombre ou une quantité, mais la plénitude. Selon certains anciens, cela veut dire le jour entier ! Toutefois, si l’on entend par sept un nombre, entre les sept offices quotidiens, les baptisés gardent la prière ininterrompue dans leur cœur, et se relayent pour la psalmodie.

La conversation avec l’Ami de l’homme

Une autre façon de prier sans interruption est plus naturelle. Elle consiste à parler au Seigneur continuellement de lui, de soi, des autres, des amis, des ennemis, de ceux qui souffrent, de ceux qui se réjouissent, pour remercier, pour supplier : notre cœur a tellement à dire à son ami invisiblement présent ! C’est comme deux amis, ou deux amoureux, qui n’arrêtent pas de se parler, de se téléphoner, de s’envoyer des sms. Et les gens disent : mais qu’est-ce qu’ils ont donc à se dire ? La vraie vie est une amitié sans ombre avec l’Ami de l’homme. D’ailleurs Celui-ci l’a  dit : Je vous appelle mes amis ! (Jean 15, 14). L’amitié divine est ce qu’il y a de plus beau et de plus gratifiant sur la terre. Et cette amitié, qui est une alliance profonde, se perpétué dans l’au-delà, dans le monde qui vient et dans les siècles des siècles. C’est une amitié éternelle. Elle ne demande aucun effort puisqu’elle est une amitié. La prière n’est pas une obligation ! Du reste, y a-t-il quoique ce soit d’obligatoire pour les amis du Christ ? Ce qui assure la continuité de la prière c’est le bonheur de prier et, comme cette Marie de l’Évangile (Luc 10, 39), de demeurer auprès de celui que l’on aime et connecté à lui ! Les Pères hésychastes ont développé tout cela.

Une méthode ?

Il en est qui s’appuient sur leur respiration. C’est une bonne indication, si toutefois elle est sans contrainte. Ce qui contraint n’est pas amour. Mais la conscience de la respiration, la retenue du souffle, comme on fait pour les chants d’oiseaux, pour entendre la prière dite à l’intérieur de soi, dans ce milieu de soi appelé « cœur », aide, tout de même. Répétons-le : respirer la prière : oui, mais sans contrainte, sans crispation, sans vouloir maîtriser quoi que ce soit, sans vouloir réussir quoi que ce soit – simplement pour descendre dans les profondeurs du cœur, là où nous sommes attendus par notre ami divin. Cela permet, oui, de faire émigrer l’intelligence, plus précisément le noûs, cette faculté intuitive de l’âme, dans l’intérieur. Et ce qui assure la permanence de la prière, de la prononciation d’une parole d’amour adressé au Seigneur, c’est le bonheur de le faire. Le bonheur ou la joie, quelquefois l’allégresse, sont, dans la prière, le signe de la vérité. Et rien ne peut nous arracher à ce bonheur. Un ancien disait : aucune technique n’engendre l’amour ; mais si tu aimes, tu trouveras la bonne méthode. L’amour t’enseignera tout.

(A.p. M.-A.)
couverture du livre : le Siracide

 


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