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Frustration dans le couple

Quand elle ou lui ne répond pas –

Le manque de réciprocité dans le désir fait souffrir beaucoup de couples. C’est souvent lié à la culture, notamment à une culture prétendue chrétienne. C’est souvent lié au fait que l’un des conjoints est maladroit. Il y a certainement, comme l’indiquent la plupart des civilisations, un art d’aimer conjugalement. L’inégalité dans le désir est l’origine de vraies souffrances. Dans le cadre de la préparation au mariage, on peut parler de sexualité et de relations conjugales bénies et sanctifiées. L’anthropologie patristique ouvre beaucoup de perspectives. À l’Université d’été de la Métropole roumaine le thème a été abordé avec « Évangéliser la sexualité ». Un livre très profond dans ce domaine est « La femme et le Salut du monde », de Paul Evdokimov. Il explique comment un certain christianisme a discrédité la relation conjugale.

La sexualité comme dialogue

C’est une question douloureuse et délicate. La sexualité selon la vision biblique est relationnelle. Elle implique une réciprocité parce qu’elle est liée à l’amour interpersonnel. Si l’un des conjoints ne répond pas, l’autre souffre de ce silence. La relation sexuelle est un dialogue de l’époux et de l’épouse par le langage du corps. Si l’un des deux subit passivement la relation, le dialogue se dégrade. Le conjoint qui sollicite la relation souffre de frustration ; l’autre conjoint peut souffrir autrement, de se sentir imposer une relation, ce qui n’est pas non plus le dialogue amoureux, ni cet amour du prochain qu’est celui des vrais époux. C’est vraiment difficile… Adam et Ève sont deux personnes qui se cherchent dans la réciprocité. Quand celle-ci manque, ils souffrent. Que faire ?

Une tendresse gratuite

Il n’y a pas de remède tout fait. La situation renvoie celui des conjoints qui est demandeur à des comportements qui peuvent se formuler ainsi : proposer inlassablement, sans amertume, avec joie et avec amour ; chercher à séduire l’époux ou l’épouse ; aimer plus qu’on ne désire ; préférer autrui à soi et à sa propre envie ; cultiver la tendresse en tout temps, sans forcément penser à un aboutissement érotique : être tendre pour le bonheur de l’être ! La tendresse génère souvent le désir, sous une forme ou sous une autre : sous forme de générosité, de gratitude et, précisément, de réponse. La tendresse désintéressée, qui peut paraître dérisoire quand on vit une douloureuse frustration, est pourtant la bonne voie. D’un point de vue plus ascétique, la frustration naît souvent de ce que les saints Pères appellent l’amour de soi. Le Christ enseigne l’amour sacrificiel, c’est-à-dire une préférence illimitée d’autrui à soi : toi d’abord !

Se séduire l’un l’autre

Que l’époux séduise l’épouse : comme tu es belle ! Comme je t’aime ! Comme je suis fier de toi, ma femme ! Faire l’éloge de l’épouse est le talent de l’époux amoureux. Et l’épouse sait également faire l’éloge de l’époux et faire naître en lui le désir d’elle qu’elle attend. L’art d’aimer conjugalement est l’art d’entretenir l’état d’émerveillement d’autrui. En dehors du mariage la séduction est une méthode ambigüe ; dans le couple couronné, la séduction fait partie de l’art biblique d’aimer, comme le chante le Cantique des cantiques…

Il est toujours plus facile de parler pour les autres que de se prêcher à soi-même ! Nous pouvons déjà nous encourager, nous soutenir fraternellement, et stimuler en nos amis le chevalier de l’amour qui veille en tout homme. Ce chevalier veut, non seulement protéger, mais encore conquérir sa belle. Or, cette conquête consiste, non seulement à gagner le cœur de la femme, mais encore à faire naître en elle le désir d’être désirée, le désir d’être aimée, et le désir d’être féminisée au maximum par l’amour de son époux. Le chevalier de l’amour rend la femme plus femme que femme ! C’est un chapitre immense de la condition humaine…

Sagesse orthodoxe

La sagesse de l’Église enseigne également le jeûne conjugal afin de retrouver la ferveur du premier amour. Mais il n’est pas bon de s’abstenir trop longtemps. Il n’est pas sage de tailler les rosiers hors de la saison ni de planter quand ce n’est pas le temps. Se limiter soi-même, oui : c’est une liberté ! Mais pour retrouver l’amour à sa source : c’est de lui seul que pourrait, dans le meilleur des cas, procéder le désir, celui de s’unir à la beauté aimée, celui de concevoir dans la beauté, celui de rendre heureux ou heureuse celui que le Seigneur a confié à notre tendresse pour l’éternité !

(A.p. M.-A.)

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