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Évangile du dimanche après la Croix, 16 septembre : Marc 8, 34-9, 1.

La Clé de l’Histoire –

Toute l’année liturgique, autant dire toute l’histoire humaine et toute la vie de la civilisation et de la société, se déroulent à l’ombre de la Croix, ombre lumineuse que projettent la mort et la résurrection du Créateur fait homme. Il n’est pas possible de se représenter l’histoire du monde depuis deux mille ans sans ce signe dressé dans le ciel comme un phare pour guider tous les hommes vers l’épanouissement d’eux-mêmes et vers le salut. La Croix est la clé de l’Histoire, clé de libération. Non seulement c’est par la puissance du renoncement que l’esclavage sous toutes ses formes disparaît de la surface de la terre, mais encore chaque personne découvre par expérience que la sainte et vivifiante Croix indique l’itinéraire de sa propre évolution vers la plénitude.

Croix de bénédiction

Nous refusons d’abord la Croix, nous nous cabrons devant elle comme des chevaux qu’effraye une forme inconnue et suspecte. Il peut nous arriver de la détester parce que nous ne la comprenons pas. Mais nous ne devons pas la maudire, parce qu’on ne maudit pas la bénédiction ! On maudit la mort, peut-être, mais on ne maudit pas la vie, sous peine de se propulser soi-même dans l’enfer de la malédiction. Pourtant, bien des hommes, la plupart d’entre eux, croirait-on, maudissent leur vie. Dans un roman, les passagers du navire sont interrogés : tous maudissent le jour de leur naissance et ne voient dans le déroulement de leur vie que malheurs et souffrances. Alors, comment accepter la Croix qui nous est tendue, cet itinéraire, ce GPS de la vie dans ce monde et dans l’autre ?

Le disciple

Le Christ nous enseigne aujourd’hui : celui qui veut être son disciple, c’est-à-dire le disciple de la Vie, de la Joie, de l’Amour, de la Vérité et de la Sagesse, qu’il prenne sa croix et qu’il suive le Maître, la Vie, la Voie et la Vérité en Personne. Le Christ nous donne l’itinéraire qui conduit au Père : l’adresse du Père est à la Croix, l’adresse de la vie dans l’Esprit du Père qui irradie du Fils est à la Croix de vie et de lumière. « Devant ta croix, nous nous prosternons, ô Maître, et ta sainte Résurrection, nous la chantons ! » Dans nos campagnes, il  est encore des croix sur les tertres, à la bien nommée « croisée » des chemins. Les paysans, il n’y a guère, s’arrêtaient et tiraient leur chapeau. J’en ai vu mettre le genou en terre devant tel calvaire, face à une croix brandie devant les flots de la mer ou le moutonnement des blés. Prosternons-nous devant la Croix ; portons-la sur notre corps comme le dernier vêtement qui nous restera ; accrochons-la dans nos voitures et à la porte de notre maison, de notre atelier, aux arbres de nos forêts.

Bénir sa vie

La Croix est la beauté divine ajoutée à celle du monde ; elle est la souffrance divine consolant celle des hommes ; elle est la bénédiction qui chasse la malédiction. « Prendre sa croix et suivre Jésus Christ », c’est, en fait, bénir : bénir sa vie, bénir chaque journée et chaque nuit, chaque enfant qui part pour l’école, chaque époux béni par son conjoint. Bénir sa vie, cela veut dire : merci, Seigneur, pour la belle vie que Tu m’accordes ! Gloire à toi pour moi ton serviteur indigne ! Gloire à toi pour ton monde ! Bénis et sauve tes serviteurs que voici, dans les gares, dans le métro, sur les routes ! Bénis, Seigneur ! Bénis et sauve ma pauvre vie pécheresse et celle de tous les hommes ! Donne-moi encore, Seigneur, la grâce de te bénir en tout lieu et en tout, pour tout et pour tous, amis et ennemis – car, bénir est une grâce ! L’Esprit du Père nous rend aptes à le bénir et à bénir son Fils et Verbe bien-aimé qui a signé le monde du sang de son amour : la Croix est la signature du Verbe sur tout homme et sur toute créature – le Verbe Signataire, Garant et Responsable de tout !

(Radio Notre-Dame « Lumière de l’Orthodoxie », 16 septembre)