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Évangile du 5ème dimanche après La Croix : Luc 7, 11-16. La veuve de Naïm

Dieu nous parle –

En écoutant l’évangile de ce jour, évangile que nous avons entendu si souvent, nous l’entendons dans le contexte actuel, celui de la pandémie, celui de la légalisation d’avortements en fin de grossesse, celui de la violence qui sévit dans le monde et dans notre propre pays. Presque chaque semaine, on entend parler de meurtre, d’attentats, de destruction de telle ou telle zone de la planète. Sans faire beaucoup d’efforts, nous pouvons nous reconnaître dans cette veuve dont le seul espoir de dignité sociale et même de survie matérielle est mort. Le Sauveur Jésus Christ déambule sur les chemins de ce monde et Il rencontre la condition humaine telle qu’elle est.

La victoire de la mort

Celle-ci est veuve, car elle n’a pas le soutien de l’époux : quel époux ? Pensons bien sûr, au premier degré, à une société dans laquelle la structure naturelle du couple, forme paradisiaque donnée au Paradis à la première humanité, est fréquemment menacée ou détruite. Nous savons quelle séparation hommes et femmes vivent en notre temps. Mais l’état de veuvage de la société n’est pas seulement lié à la défaillance des hommes, à la crise de la paternité dans notre société, ou à la confusion des sexes : il est celui que produit la mort de l’Époux par excellence, le Seigneur donateur de vie. L’Époux de cette humanité est mort parce que, comme le dit le philosophe Nietzsche, « Dieu est mort et nous l’avons tué ». L’humanité est veuve de son Seigneur.

Le Seigneur nous enseigne

Il n’est pas exagéré de dire, selon les informations de chaque jour, que notre société non seulement est veuve de son Seigneur, mais enterre encore ses propres œuvres. Elle tombe dans le trou qu’elle a creusé, comme dit David en son psaume. La veuve de Naïm est une figure de notre temps et le récit historique auquel nous avons à faire prend la forme de la parabole, un conte dans lequel il nous est raconté notre propre histoire. Le Seigneur ne nous enseigne pas avec des idées ; Il nous instruit par des récits ; le saint Évangile dépeint notre actualité, une société privée de celui qui pourrait la rendre féconde et porteuse de mort. On dirait que la mort a gagné. Chaque jour, on tue et on extermine sur la planète.

Une peinture de notre temps

Notre monde porte un « cadavre », comme le dit l’original réaliste de notre évangile. Société morbide, moribonde ; civilisation mortifère ; les grands génocides ne sont pas si loin et d’autres génocides s’apprêtent sous des formes quelquefois sophistiquées, celles qu’inspirent le confort, la mort de l’âme, et l’égoïsme qui consent à l’eugénisme. L’Évangile peint notre temps ! Et il le dépeint avec un optimisme inattendu. Quand tout semble perdu, la vie triomphe ; quand la mort a gagné une première manche, l’amour en Personne gagne la deuxième ; quand les larmes de la veuve détrempent le sol de notre planète, le Verbe consolateur éprouve en son humanité réelle le saisissement des entrailles féminines.

La féminité de Dieu

Devant la femme veuve et orpheline de son fils, le Seigneur ressent la féminité d’un sein maternel compatissant. Notre Dieu est si féminin ! Notre Père céleste est si maternel ! Si l’on déchiffre notre temps à la loupe de l’évangile de ce jour, tous les espoirs sont permis. « Ne pleure pas ! », dit le Sauveur à notre humanité orpheline et veuve. Et ce n’est pas si facile à dire – « ne pleure pas ! » : Celui qui parle ici à notre temps, est celui qui ressuscitera, et Il parle d’espoir aux désespérés de nos jours. Dieu ose dire « ne pleure pas » aux inconsolables de notre planète éprouvée par le fléau, frustrée par une distance impersonnelle entre nous, défigurée par le masque qui bâillonne, aveugle et rend étranger. « Ne pleure pas ! », maman, épouse, époux, enfant, amant, amoureuse, croyant, incroyant encore, « ne pleure pas, car Je suis la résurrection ! » ; Je suis venu à ta rencontre pour sécher tes larmes, te proposer l’entrée dans la vraie vie, et pour dire au cadavre que tu conduis : lève-toi ! Debout ! Marche ! Cours sur les sentiers de l’humanité véritable, dont Moi le Verbe, Je suis porteur : « Dieu prend son peuple en considération ! »

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie », dimanche 18 octobre 2020)