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Évangile du 4ème dimanche après la Croix : Luc 7, 11-16.

Solidarité humaine –

Au Nom du Père et du Fils et du saint Esprit : Amen ! Au Nom de la compassion du Père et du Fils et du saint Esprit ! Dimanche dernier Dieu le Verbe nous appelait à devenir compatissants comme son Père est compatissant. Aujourd’hui, Il nous montre quel charisme nous pourrions acquérir. Dieu s’est fait homme pour montrer aux hommes ce que c’est qu’aimer et partager la peine d’autrui. Il nous initie à une authentique solidarité humaine. Écoutons ce message dans le contexte contemporain, il nous touchera particulièrement. Notre monde ressemble à une veuve des sociétés antiques dont est mort le fils unique, son seul soutien.

L’image de notre société

Notre société est veuve ; notre civilisation est veuve. Elle est privée de l’Époux qui lui assurerait les ressources matérielles, la consolation du cœur et la fécondité des entrailles. Elle est stérile ; ce qu’elle produit est déjà gagné par la mort et ne peut la soutenir, et elle n’a pas l’espoir de concevoir encore. Notre époque sans Dieu est désespérée, elle n’est plus conjointe à celui qui fait vivre, le Verbe qui rend créateur et généreux, l’Esprit qui fait porter des fruits nouveaux. On se grise des réussites sportives pour masquer, c’est à la mode, pour voiler l’impuissance panique face à la mort, et bâillonner tout discours sérieux. Nos chefs ne nous parlent pas de la vocation de nos nations. La mort règne dans un monde que ne préoccupe que la survie matérielle, la reprise de l’économie morbide, la crise sociale toujours menaçante, de fragiles élections auxquelles les citoyens croient de moins en moins.

Être humain

La divine compassion consiste précisément à être humain, à rencontrer les autres, à faire face à la mort, à ne pas fuir son visage de pierre, à ne pas craindre de toucher le cercueil de notre civilisation et le cadavre qu’il porte. Le Dieu-Homme rencontre les hommes et les femmes comme ils sont, dans la rue des villes où ils souffrent de désespoir. Avant toute solution, Il nous donne l’exemple de souffrir pour eux. Demandons au Seigneur la grâce d’entrailles qui se déchirent devant la souffrance d’autrui ! Rendons grâce au Seigneur qui nous offre de devenir aussi humains qu’Il l’est ! Souffrir de la souffrance d’autrui ; souffrir avec autrui ; renoncer à toute invulnérabilité ; nous désarmer devant la détresse du monde ; accepter d’être d’abord sans pouvoir devant la souffrance et devant la mort.

L’angoisse de l’impuissance

C’est ce qui angoisse tellement notre société, confrontée à son impuissance, elle qui a tellement cru à la Science toute-puissante ; qui s’était fait de la Science un époux pour l’éternité ! Le Dieu-Homme se confronte à la réalité, et Il accepte d’être homme plus que nous ne le sommes souvent et d’avoir des entrailles maternelles retournées par le spectacle de la condition humaine. Il rencontre, non une humanité générale, mais une personne unique. La compassion est une communion de personne à personne. Et il faut beaucoup d’amour et de douceur dans le timbre de la voix pour oser dire « ne pleure pas ! » S’Il ne savait pas quelle est la souffrance de cette personne, Il n’aurait pas l’audace de lui dire cela.

La compassion

La compassion fait connaître autrui de l’intérieur : le compatissant se rend intérieur à autrui et il reçoit autrui à l’intérieur de lui-même. C’est une interpénétration, une hospitalité mutuelle, ce que les saints Pères appellent « périchorèse », être l’un en l’autre. Et parce qu’elle est telle, si forte, si divine, si faible, si démunie, mais si chaude, si blessée, si présente, si disponible, si proche de la souffrance et de la mort d’autrui, la compassion, nous est-il annoncé aujourd’hui, ressuscite les morts ! C’est bien parce qu’elle est divine, force créatrice du premier jour de ce monde, antérieure même à l’apparition de la souffrance et de la mort, qu’elle donne la vie et la paix. Nous aussi, aspirons à une telle compassion charismatique pour les temps que nous vivons et les personnes que nous rencontrons !

(a.p. M.-A. Costa, Radio Notre-Dame, « Lumières de l’Orthodoxie », 10 octobre 2021)