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Dimanche de l’Orthodoxie : Jean 1, 43-51.

Le sacrement de l’Icône –

Le premier dimanche du saint et grand Carême, nous fêtons le mystère de l’Icône. Le témoignage de la Foi, surtout en Occident, dépend généralement de la parole et du comportement, ce qui est agréable à Dieu, certes ! Mais, l’expérience chrétienne n’est pas seulement liée à l’expression verbale, écrite ou agie, de la Parole du Père. Depuis toujours, l’image, ou « icône », sous une forme ou sous une autre – icône, fresque, mosaïque, émail, vitrail – équivaut à la parole. Le Verbe parle par son visage, par sa présence physique, son corps transfiguré.

Expression corporelle

L’expression corporelle de la Divinité dans le monde découle de ce que le Fils s’est fait chair et s’est fait homme. Le tropaire de ce jour le chante : « Devant ton icône très pure nous nous prosternons, ô Dieu de bonté, en demandant le pardon de nos péchés, ô Christ notre Dieu! Tu as daigné monter librement dans ta chair sur la Croix pour délivrer de la servitude de l’Ennemi ceux que Tu as créés. C’est pourquoi nous te rendons grâce en nous écriant : Tu as tout rempli de joie, ô notre Sauveur, t’étant rendu présent à ton monde pour le sauver ! » L’icône atteste la présence en chair et en os du Créateur de l’univers : cette vérité a été confessée au prix de leur vie par de nombreux martyrs.

La méthode orthodoxe

Elle est également l’emblème, non seulement de la foi, mais de la méthode chrétienne de connaissance et d’expression. La parole ne suffit pas à persuader ; le raisonnement ne suffit pas à convaincre. Il nous faut des preuves. Il nous faut voir et toucher. Le Verbe se donne à toucher, à voir et à entendre. Il parle et a très peu parlé. Il a montré et montre la vérité qu’Il est en personne. Qui le voit, voit le Père. Il se montre et se prouve par l’icône, ainsi que par toutes les formes d’expression corporelle des membres de son Corps : le sacrement du frère, le martyr, le gestuel liturgique articulent le langage du corps qu’a choisi le Seigneur de gloire. Sur la Croix, de façon suprême, Il parle par son corps personnel. Revenu d’entre les morts, c’est toujours par son corps qu’Il atteste l’amour du Père et la puissance de l’Esprit.

Le corps parle

Son corps personnel et son Corps ecclésial constituent la Révélation en actes. C’est pourquoi, pendant le Carême, il est donné, avec la glorification des icônes, le jeûne, les prosternations, l’aumône, la veille. Mais ce corps du Verbe est d’abord un visage, dont les grands yeux ouverts de vivant et de ressuscité nous regardent : « Je t’ai vu ! », dit le Fils de Dieu à l’homme Nathanaël. L’icône est la face de Dieu tournée vers nous : nous apprenons à oser nous laisser regarder par Dieu, et à vivre sous son regard. L’icône est la fenêtre par laquelle le Sauveur nous voit et nous contemple avec tendresse. Elle est cette fenêtre par laquelle le père voit revenir le fils égaré qu’il attend. Et elle est également la fenêtre par laquelle nous regardons chez Dieu : « vous verrez le ciel ouvert ! »

La fenêtre du Seigneur

Le Seigneur nous voit et Il prophétise que nous le verrons ; Il nous rappelle que le but de notre vie est de voir Dieu ! L’Icône placée en tête du Carême annonce l’enjeu principal de tout ce temps et de notre existence entière. Tels sont les saints qui nous devancent sur la route : ils voient Dieu en tout et en tous ; ils le voient dans son omniprésence ; ils regardent chaque personne humaine comme une icône du Verbe ; chaque créature est vue par eux comme preuve de la sagesse, de la vérité et de la bonté du Créateur. Leurs yeux transfigurés par la grâce du saint Esprit sont devenus aptes à la vue et à la vision de Dieu. Voilà donc ce qui nous est promis, à nous aussi, et à tous ceux qui croiront au Fils de l’Homme !

(Radio Notre-Dame. « Lumière de l’Orthodoxie » 25 février 2018)