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3ème dimanche après Pentecôte: Matthieu 6, 22-33

Le défi de l’Esprit –

Dès la glorieuse Descente du saint Esprit, l’Église présente à notre esprit les dons charismatiques qui ont déferlé parmi nous. Que nous sommes petits et perplexes devant la vie dans l’Esprit donnée par le Christ ! « Vivre par l’Esprit », selon l’Apôtre, se « laisser conduire par lui » (Gal 5,25 et 16), nous semble au-dessus de nos forces. Nous sommes écrasés par le défi de l’Esprit. Nous nous contenterions bien d’une petite religion tranquille, un petit christianisme dominical, ou même pas de religion du tout, nous serions si tranquilles, si pépères, nous dit l’Adversaire, sans Dieu, et surtout sans le Seigneur Esprit !

Le feu de l’Esprit

Esprit redoutable et brûlant, Esprit de liberté, d’audace, de pauvreté ; Esprit d’insouciance, de prière et d’intercession pour le monde, de glorification et de louange, d’obéissance à Jésus Christ et de conformation à son image ; Esprit de filiation, d’engendrement, de parenté divine ; Esprit de sainteté, de déification, de ressemblance au Fils pré éternel ! Terrible appel de l’Esprit – redoutable vocation à la transfiguration et à la divinisation : être des dieux ! Mais je ne veux pas être un dieu, laissez-moi être un petit bonhomme pieux et moral ; je ne veux pas être un saint – trop difficile, trop inconfortable, trop inouï, trop tout ! L’appel de l’Esprit et à vivre selon lui, appel jailli de la Pentecôte, est la grande épreuve. Il nous brûle, il nous consumerait si le Christ ne nous protégeait de son humanité sainte, à l’ombre de ses sacrements et de sa parole.

L’Esprit et l’esprit du monde

Terrible feu de l’Esprit qui consume la médiocrité, brûle le confort et les idées reçues, réduit en cendres les préjugés, incendie l’égoïsme et tout faux amour de soi, toute préoccupation mondaine, tout souci de ce monde, tout amour de l’argent, du confort, de la position sociale, de la réussite… Le Christ enseigne la vie selon l’Esprit, Il en donne l’exemple, et Il en donne le pouvoir. L’ascèse de la divine insouciance qu’enseigne notre Maître est grande! Qui peut être sans souci ? Qui peut s’exercer tous les jours à un tel abandon à la volonté divine, à une telle confiance dans la paternité du Seigneur ? Enfants, famille, travail, impôts, école, vacances, santé, habitat, tout nous soucie ! L’homme est « stressé » : comment lui prêcher l’insouciance ? Où trouver l’audace de parler d’insouciance aux malades, aux mourants, aux prisonniers, aux femmes abandonnées, aux enfants meurtris ? Insolence, scandale et paradoxe divins qui nous prêchent une telle liberté ! Que le Seigneur se soucie de nos soucis, qu’Il nous plaigne, qu’Il s’afflige pour nous !

Le charisme de l’insouciance

Non : il propose la glorieuse insouciance – un des innombrables charismes déversés en langues de feu sur ceux qui croient en Jésus Christ Sauveur. Comment nous résoudre à être insouciants ? La vie selon l’Esprit et ses dons ne se force pas. Aucun effort humain n’accède seul à la liberté de l’Esprit. Qui nous rendra obéissants à l’Esprit ? Quoi faire ? Comment faire ? Fuir l’Esprit, nous cacher de lui, boucher nos oreilles à son appel ? – Prions plutôt: Seigneur Jésus, par ton saint Esprit, accorde-moi, sinon ta divine insouciance, du moins une confiance pure en toi qui connais le Père, sa miséricorde, sa compassion et ses justes jugements !

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie », 17 juin 2018)