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Les saints Dons aux saints !

L’acclamation –

Elle a sa place, dans la divine liturgie selon saint Jean Chrysostome ou selon saint Basile, après le Notre-Père et avant la fraction du Pain. Celui qui préside élève alors, face à l’Orient et au-dessus de son propre visage, l’Agneau qu’il prend sur la patène. Dans la liturgie gallo-romaine (selon saint Germain de Paris, par exemple), on entend cette acclamation après le Notre-Père, avant l’immixtion et la communion de celui qui préside et des fidèles, celui qui préside présentant alors les saints Dons au Peuple. Littéralement, en grec, la formule est : « les choses saintes sont pour les saints » – sfintele sfintilor, en roumain. Mais le mot « chose » n’est pas bien liturgique…

De quoi s’agit-il ?

Les dons, préparés à la table de proscomédie ou prothèse, ont été apportés lors de la grande Entrée. Ils ont été définitivement consacrés par les paroles du Fils de Dieu (« ceci est mon Corps… ceci est mon Sang ») et sanctifiés par le saint Esprit exauçant l’épiclèse (« les changeant – ou transfigurant – par ton Esprit saint ! »). Les offrandes – pain et vin – sont « saintes » parce qu’elles sont assimilées au Christ, Fils unique et Verbe de Dieu, et Dieu lui-même. Elles ne sont pas seulement consacrées – offertes de façon exclusive et définitive au Seigneur – mais elles sont sanctifiées, c’est-à-dire déifiées.

Qui sont les « saints » ?

Cette acclamation est une des plus fortes de la célébration parce qu’elle définit le statut des baptisés. Dès le livre des Actes (9, 13), on voit que ceux-ci sont appelés « les saints » – cf. Romains 1, 7 ; 1 Corinthiens 1, 2 ; 6, 1-2 ; 14, 33, etc. « Les mots de l’hébreu et du grec traduits par saint n’expriment pas l’idée de perfection mais désignent essentiellement ce qui appartient en propre à Dieu » (La Bible, T.O.B, glossaire). « Les saints » désignent les baptisés, indépendamment de leurs qualités morales, comme des personnes consacrées à Dieu et, bien plus, assimilées à lui et donc sanctifiées. Comment ? – mais : par le saint baptême ; par la sainte onction chrismale ; par la divine eucharistie.

Ces grands mystères fondamentaux transforment l’être humain en dieu par la grâce. Saint Nicolas Cabasilas dit que celui qui communie au Corps et au Sang du Christ est transformé en celui à qui appartiennent ce corps et ce sang, c’est-à-dire le Dieu Homme. Ainsi, le baptisé, non seulement appartient à Dieu de façon exclusive et définitive, mais il est divinisé par l’union intime à lui selon la nature.

Un seul est saint !

Telle est la réponse des fidèles qui, au même moment, se prosternent en disant : « Un seul est Saint ! Un seul est Seigneur – Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père : Amen ! » Le baptisé récuse l’honneur qui lui est fait et le rapporte à Dieu seul. L’homme en effet n’est pas saint par lui-même : il est tel par l’union et l’assimilation aux Trois-fois-saint, qui s’accomplissent de façon plénière par la communion eucharistique. L’humilité fait faire cette réponse ; car l’humilité est la reconnaissance de la souveraineté divine. Toutefois, le message de l’Église est inchangé depuis la source apostolique : la sainteté, ou déification, ou encore divinisation, désigne l’homme nouveau dans le Christ. C’est ce qu’enseigne le saint apôtre Pierre (1 Pierre 1, 14-16 ; 2, 5) : les baptisés sont « participants à la nature divine » (2 Pierre, 1, 4).

À nous de tirer toutes les conséquences d’un régime chrétien, non pas moral, mais théologique.

> icône de Saint Pierre