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Je n’arrive pas à prier

Une montagne –

Bien souvent, nous nous heurtons à un mur au moment de la prière : l’ennui, la lassitude, la distraction, quelquefois le doute, en tout cas un obstacle intérieur qui semble insurmontable, une montagne. Nous sommes alors devant Dieu comme une bûche ou un caillou sans âme et sans vie. La sécheresse et l’insensibilité de notre cœur nous fait même nous demander ce que nous faisons devant Dieu – sans parler des tentations, le Diable d’en mêlant, qui nous feraient penser que, après tout, peut-être n’y a-t-il pas de dieu ; peut-être tout cela n’est-il qu’une invention des hommes, la névrose des croyants – je n’ai pas envie de prier, parce qu’il n’y a rien ; la vie est néant ; la mort est néant ; aucun dieu n’existe et moi-même, en y réfléchissant, je n’existe peut-être pas ! Bref : un grand vide et un grand ennui…

L’activité naturelle

Nous ne sommes pas les premiers ! Nos saints ascètes parlent de l’acédie, ce dégoût de la prière ; cet à-quoi-bon de l’homme intérieur… Le néant n’en est pas la cause ! Comment le serait-il ? Trop facile, d’expliquer le vide par le vide… Non : cherchons plutôt comment nous en sommes arrivés là, alors que s’adresser à Dieu est, pour la créature humaine, totalement normal, originel et constitutif. Nous avons été façonnés selon les éléments de la Création et le Seigneur a mis en nous les arrhes de son Esprit ; Il nous a, dès l’origine, gratifiés d’une merveilleuse affinité avec lui ; Il a mis en nous le sceau de sa propre image. La prière est ainsi l’activité la plus naturelle du monde.

Comment en suis-je arrivé là ?

Pour que cette faculté me manque, à moins qu’elle ne me soit retirée, ai-je accepté une pensée de jugement d’autrui ? – de doute ? – de vanité ? Ma gourmandise est-elle frustrée ? Ai-je du ressentiment à l’égard de quelqu’un ? Ai-je négligé ces précieux rendez-vous quotidiens avec le Seigneur ? Ai-je cessé d’entretenir la flamme de mon amour pour lui ? Peut-être que je dis les prières avec négligence, avec désinvolture, en pensant à autre chose, en faisant ma liste de courses… Il arrive dans un couple que l’amour se raréfie ou s’amenuise, se retire, même… – banalisation, habitude, usure du quotidien ? L’amour ne s’use pas, c’est nous qui nous usons ! Comment retrouver la ferveur des amoureux ?

Retrouver notre premier amour

Un saint ascète nous disait que, de même que les époux, les amis et les frères ont besoin de retrouver le lieu de leur première rencontre, celui ou celle qui aime le Seigneur est appelé à se souvenir de son premier amour. C’est le titre d’un livre de l’archimandrite Zacharie. Retournons sur les lieux où nous avons senti notre cœur battre pour le Seigneur Jésus. Reprenons les prières où nous nous exprimions d’un cœur sincère, les psaumes que nous aimons. Participons aux grands moments liturgiques ou aux pèlerinages où Il nous attend, ce Fiancé et cet Époux de notre âme. La vie avec Dieu, comme le montre toute la Bible, est une histoire d’amour.

Prie à ma place !

En dernière instance, ou simultanément, sollicitons la prière d’autrui ! « Prie pour moi » ne veut pas forcément dire « intercède pour moi ». Cela peut vouloir dire, tout simplement, « prie à ma place » ! Fais pour moi ce que je suis incapable de faire ! Nous demandons bien à nos amis de faire pour nous une course quand nous sommes incapables de nous déplacer : prie pour moi, conduis à ma place, lis à ma place… Nous pouvons déléguer notre prière ! Nous ne demandons pas seulement à autrui d’adresser à Dieu les supplications dont notre cœur desséché est incapable : nous lui demandons de rendre grâce à Dieu, de le remercier à notre place ; nous faisons d’autrui le messager de notre amour attiédi. À la limite, nous demandons à nos frères, et surtout aux saints de chaque jour, d’aimer à notre place quand notre cœur est morbide. Nous serons surpris : l’ami à qui nous avons fait confiance reviendra, les bras chargés, du marché où nous l’avons envoyé ! Ainsi nous aident les saints de Dieu…